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Fév 01

ÉCHANGER POUR MIEUX (S’)INTÉGRER

Le café de langue : pour beaucoup, il s’agit déjà d’un évènement incontournable à Walferdange. Organisé par la commission d’intégration de la commune depuis maintenant plus d’un an, chaque deuxième mercredi du mois, il accueille les intéressés dans les locaux du Centre Princesse Amélie. L’idée : créer un espace d’échanges et de rencontres autour de la langue luxembourgeoise, dans un cadre convivial et agréable.

Mercredi, 19 heures : « Moien » et « wéi geet et? », ces mots fusent à travers la pièce. Les nombreuses tables sont prises d’assaut, les participants – dont bon nombre ne sont pas là pour la première fois – pleins d’entrain. Certains ont eu vent de l’évènement sur Facebook ou dans le Walfer Buet ; pour d’autres, ça a été grâce au bouche à oreille, lors de l’accueil des nouveaux habitants ou tout simplement lors d’un cours de langue. « Nous avons déjà eu des soirées avec plus de 90 participants prêts à échanger ou chanter en luxembourgeois », raconte en souriant Elena Titova, professeure de russe. Son engouement pour le projet du café de langue est indéniable : « Les gens aiment y venir. » Pour Stéphane Bertoncini, le café de langue s’est révélé être la solution idéale : « Les cours de luxembourgeois sont difficiles à concilier avec mes heures de travail. Ici, je peux venir quand cela m’arrange. »

Andrée Mertens de Walferdange est l’une des personnes à l’origine de la création d’un café de langue à Walferdange, après avoir découvert le concept à Luxembourg-Ville et présenté celui-ci à la commission d’intégration de la commune. Les membres de la commission sont en effervescence lors de chaque soirée. Ils se mêlent aux invités, distribuent cafés et limonades, servent des gaufres, pâtisseries et gâteaux faits maison. À propos gâteaux, il semblerait que la recherche des mots luxembourgeois préférés passe, elle aussi, par le ventre : « Bouneschlupp », mais aussi l’imprononçable « Gromperekichelchen » se classent dans le top 10 des apprenants, tout comme « tipptopp », « flott » ou encore « wann ech gelift ». Ce sont souvent ces premiers mots que l’on retient le mieux, qui nous ouvrent à cette langue encore étrangère.

Monica Contreras est la responsable de l’organisation des cours de langues dans la commune, dont le luxembourgeois fait naturellement partie. Pour elle, les avantages du café de langue sont nombreux : « Lors des cours de langues qui ont lieu jusqu’à deux ou quatre fois par semaine, la grammaire et les exercices de vocabulaire ne laissent pas beaucoup de place à l’échange oral. En revanche, au café, les élèves ont l’occasion d’apprendre à mieux se connaître, tout en améliorant leur compréhension et leur expression orales. » 60 heures de cours sont, par exemple, prévues pour l’apprentissage du premier niveau de langue A1, ce qui permet de se débrouiller au quotidien. Edmond Merten donne des cours de luxembourgeois à Walferdange depuis maintenant près d’un an et demi et en connaît les nombreux pièges : « Les francophones ont souvent du mal avec le luxembourgeois, notamment en ce qui concerne la construction des phrases, qui se démarque souvent de la construction française. Il en va de même pour la prononciation. Je pense que l’apprentissage du luxembourgeois est essentiel en termes d’intégration. Les rapports et débats dans le cadre des élections nationales, par exemple, sont en majorité en luxembourgeois. Celui ou celle qui souhaite s’informer sur le sujet a donc tout intérêt à en maîtriser la langue. »

Nombreux sont ceux qui fréquentent le café dans le but de se préparer à l’obtention de la nationalité luxembourgeoise, d’autres souhaitent améliorer leur maîtrise de la langue pour des raisons professionnelles, voire familiales afin de pouvoir s’échanger avec leurs enfants. Stéphane Shamilian est ambitieux : il apprend en même temps le luxembourgeois et l’allemand. Un défi qui, d’après lui, est difficile à relever. Car si les deux langues ne manquent pas de points communs, il faut éviter de se laisser induire en erreur. « Getraff » peut rapidement devenir « getroff » (de l’allemand « getroffen », rencontrer). Heureusement que rien n’échappe à l’oreille attentive de la luxembourgeoise Mariette Diederich – venue tout droit d’Echternach pour aider et conseiller les apprenants–, qui se hâte de gentiment corriger son voisin de table. Et voilà que l’inévitable se produit. La force de l’habitude fait que deux participants commencent à s’entretenir en français. Mariette les écoute avec intérêt pendant quelques minutes avant de leur faire remarquer avec un sourire : « An elo nach eng Kéier op Lëtzebuergesch, w.e.g., ech wëll och gären eppes verstoen. (Et maintenant en luxembourgeois, s.v.p., j’aimerais aussi comprendre ce que vous dites.) ». Avec un clin d’œil, elle ajoute : « Je suis sévère, mais juste. »

Peter et Laura s’y rendent pour la deuxième fois et leurs langues maternelles, le grec et l’anglais, sont à des années lumières du luxembourgeois. Difficile, dans ce cas, de trouver ses mots. C’est pourquoi le soutien des Luxembourgeois présents est un vrai réconfort. Selon Laura, « apprendre le luxembourgeois n’est pas si simple, mais c’est gutt fir de Kapp (bon pour la tête) ». Un peu plus loin, les plus avancés discutent des subtilités de la langue. Pourquoi dit-on « Ech heeschen Aline », mais « Ech heesche Yann » ? On murmure qu’il s’agit de la « Eifeler Regel », mais, comment fonctionne-t-elle, au juste ?

 

Walferdange est une commune internationale et le lieu de vie de quelque 93 nationalités différentes. Ricky Goslings, membre engagé de la commission d’intégration, observe : « De nombreuses cultures et religions se rencontrent au café de langue. Le respect de l’autre et l’ouverture d’esprit en sont des éléments essentiels. C’est une évidence : apprendre le luxembourgeois à plusieurs, ça rapproche. Avec le temps, des amitiés se créent. Et tout cela a une grande valeur pour la cohésion et la bonne atmosphère au sein d’une commune. »

 

« Tout le monde est le bienvenu, sans inscription », souligne l’échevine Danielle Van Acker. La décontraction est le mot d’ordre de l’évènement et cela vaut aussi pour ceux dont le luxembourgeois est la langue maternelle et qui ont envie de passer une soirée conviviale en toute tranquillité à discuter avec des apprenants. Il ne vous reste plus qu’à franchir le pas de la porte, de vous assoir à plusieurs autour d’une table… et c’est parti !

Vous souhaitez participer au café de langue ?

En règle générale, le café de langue a lieu chaque deuxième mercredi du mois, de 19 à 21 heures, au Centre Princesse Amélie près de la place communale de Walferdange. Que vous soyez en plein apprentissage du luxembourgeois ou qu’il s’agisse de votre langue maternelle, tout le monde y est le bienvenu !

Les prochains rendez-vous à ne pas manquer sont le : 14 mars, 11 avril, 9 mai, 13 juin et 11 juillet. En raison des vacances scolaires, il n’y aura pas de café de langue en février.