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Oct 01

RÉUNIR LES ARTS

Le paysage culturel et artistique de Walferdange s’est agrandi le 14 septembre, avec l’inauguration solennelle du CAW, un espace innovant d’expositions et de rencontres. Situé en face de l’hôtel de ville, ce nouveau lieu de créativité propose des ateliers, des expositions et d’autres manifestations. Une attention particulière est accordée à la promotion de jeunes talents et au dialogue intergénérationnel.

 

Cet ambitieux projet a démarré avec le souhait de réaménager la galerie de Walferdange. Un réaménagement qui ne devait pas se limiter à une simple rénovation des locaux. En effet, les responsables ont progressivement opté pour un concept nouveau et original, mis au point avec l’aide de nombreux acteurs, à commencer par le groupe de travail réuni par le collège échevinal de la commune, avec entre autres Marie-Pierre Trauden-Thill, Vic Fischbach et Josée Kirps. Ce groupe a élaboré le contenu du projet du nouveau centre culturel et s’est associé à des artistes engagés. « Il est merveilleux de voir se réaliser une idée à laquelle tellement d’énergie a été consacrée », déclare Marie-Pierre Trauden-Thill.

Le CAW est un bâtiment accueillant, marqué par les interactions entre la lumière, le noir et le blanc. L’étage supérieur héberge des salles de travail dédiées à la création. Elles sont notamment destinées à accueillir de petits artistes en herbe, invités à s’immerger dans le monde des formes et des couleurs, dans le cadre de l’atelier KIDS’ CAW. Dans ce contexte, une étroite collaboration avec les écoles fondamentales de Walferdange est annoncée. « Les enseignants sont déjà pleins d’enthousiasme », affirme la bourgmestre Joëlle Elvinger. Une série d’opérations peu communes est d’ailleurs prévue.

 

Ainsi, cet atelier permettra aux enfants de décorer les armoires d’électricité de la commune avec des graffiti hauts en couleur. Bien entendu avec l’accord du fournisseur de courant, comme le soulignent en souriant les membres de l’équipe. Parmi les éléments les plus remarquables, il y a l’annexe, avec son éclairage tamisé qui inonde les pièces depuis le plafond et qui devrait assurer des expériences exceptionnelles lors des expositions. En outre, une percée vers le bâtiment voisin a permis une extension conséquente des surfaces d’exposition de l’ancienne galerie de Walferdange.

 

En parlant de percée, Guy Arendt, secrétaire d’État à la Culture et ancien bourgmestre de Walferdange, ne cache pas ses ambitions : « J’aimerais que le CAW serve de tremplin à de jeunes artistes et qu’il soit un endroit où ils peuvent se livrer à des expériences, tout en y trouvant des conseils et de l’inspiration de même que la reconnaissance et la mise en évidence de leurs travaux. » Par ailleurs, le CAW devrait permettre aux arts d’attirer un public qui ne fréquente pas forcément les musées en lui proposant de découvrir en toute simplicité des formes d’expression artistique, sinon même de s’y essayer.

 

En ouverture : Error on the Wall

Le public était venu nombreux au centre culturel réaménagé, le soir de son inauguration solennelle. Il y avait une odeur de bois frais, mais aussi de fraîcheur tout court – pas seulement à cause de la météo agitée de cette journée d’automne. Un sentiment de nouveau départ régnait dans cet endroit au centre de la commune. Un sentiment parfaitement exprimé par la première exposition : Error on the Wall.

De jeunes artistes se sont lancés dans le sillage du photographe Norbert Ketter. Inspirés par les photos en noir et blanc de cet artiste originaire d’Esch-sur-Alzette, Locke, Mik140, Joël Rollinger, Pol Summer et Akim ont créé des œuvres d’art urbain. L’exposition réunit les photographies d’origine de même que les créations des jeunes talents. Les photos de Norbert Ketter, réalisées dans les années 1960, 1970 et 1980, sont extraites d’une collection du Centre National de l’Audiovisuel (CNA). « Les missions du CNA sont la conservation et la mise en valeur, déclare son directeur, Paul Lesch. Là, les œuvres d’un photographe, qui avaient malheureusement sombré dans l’oubli, sont justement mises en valeur, avec une transposition dans des contextes modernes et une ouverture au public dans un cadre professionnel. C’est avec grand plaisir que nous avons soutenu ce projet. »

 

« Les jeunes artistes ont leurs propres codes pour travailler et pour s’exprimer, affirme l’artiste de graffiti STICK, qui a assuré la gestion ainsi que l’encadrement du projet. Néanmoins, ils ont trouvé de nombreux points de connexion et d’inspiration à travers les époques avec les images de Norbert Ketter. »

Âgé de 28 ans, l’artiste Akim a produit une vidéo intitulée « Time Travel », qui est projetée en grand format. Estimant qu’il s’agissait d’un défi séduisant, le jeune homme revisite des endroits parcourus par le photographe. Des paysages industriels apparaissent en noir et blanc, des escaliers s’élèvent en hauteur et de longues salles de production respirent l’intensité. L’espace est envahi de bruits de marteaux et de gémissements. Les visiteurs se retrouvent face à face avec des visages surgis dans la brume. À la fin, il subsiste des questions, de même qu’une mélancolie silencieuse.

Yann, le fils de Norbert Ketter, avoue avoir vécu un moment émouvant. « C’est la première fois depuis plus de vingt ans que les photos de mon père sont exposées dans un tel cadre. Pour moi, c’est un grand plaisir et une grande fierté. Il est fantastique de voir la manière dont ces jeunes artistes ont revisité ses œuvres, décelé des nuances et produit leurs propres interprétations. » Ce soir-là, les mots de Norbert Ketter résonnaient comme un héritage : « Que serait l’être humain sans le monde qui l’entoure ? Que serait un monde sans êtres humains ? Voilà justement ce qui est, à mon avis, la mission de la photographie : montrer avec chaque image que personne n’a de valeur sans l’autre et que – même si elle est irréalisable – cette unité profonde doit nous habiter, comme une promesse de bonheur. »

« Le CAW a pour vocation de réunir les générations, affirme la bourgmestre Joëlle Elvinger. Il doit établir un dialogue entre les jeunes et les moins jeunes d’une manière dynamique. » Il est d’ailleurs prévu de reproduire des expériences similaires. « Nous allons rechercher des synergies avec d’autres manifestations emblématiques de notre commune. » Révélons d’emblée que la prochaine exposition aura lieu au mois de novembre et qu’elle établira une relation astucieuse avec les Journées du livre de Walferdange.